Hommage

François Gagnebin et Maurice Schilliger nous ont quitté peu avant les Fêtes. Professionnels engagés dans le monde horticole en Romandie, ils ont marqué plusieurs générations de jardiniers et construits de nombreux ponts entre celles-ci. Hommage leur est rendu par leur famille et leurs amis.

Hommage à deux grandes personnalités qui ont marqué des générations d’horticulteurs

Ces dernières semaines, le paysage de l’horticulture a perdu deux de ses membres emblématiques. François Gagnebin et Maurice Schilliger s’en sont allés paisiblement et laissent un grand vide dans leur famille et leur cercle d’amis. Le temps de se remémorer les étapes qui ont marqué leur carrière et leur influence sur le monde des jardins en Suisse Romande.

François Gagnebin

Né en 1922, François Gagnebin obtient son diplôme à l’école d’horticulture de Châtelaine en 1940. Dans les années 1941-42, il trouve un intérêt particulier pour les plantes potagères. Monsieur Dumonthey, maître en cultures maraichères à Châtelaine, l’incite à s’intéresser à la sélection des légumes et à la production des graines potagères. C’est à l’institut botanique universitaire qu’il œuvre en tant que jardinier, chef de culture et assistant. Les plantes potagères y sont sélectionnées afin de maintenir les variétés méritantes. En 1970, la Faculté des sciences de Besançon lui décerne le titre de Docteur pour sa thèse sur le chou de Bruxelles. Quelle performance ! Humble jardinier, François ne mentionnera jamais ce titre dans ses publications.

 

François Gagnebin

Depuis, diverses associations professionnelles horticoles bénéficient de ses nombreuses compétences. Il enseigne aussi les cultures grainières et la génétique à l’école d’ingénieurs ETS de Lullier, aujourd’hui hepia. Durant de nombreuses années, il est membre de la rédaction et responsable de la Revue Horticole Suisse (RHS). Il y publie de nombreux articles sur les plantes potagères et sur des personnalités marquantes. Il constitue aussi un fichier où sont répertoriés ouvrages et articles relatifs à toutes les branches de l’horticulture. Ce travail exceptionnel mérite d’être conservé et numérisé.

En 2004, il publie la plaquette « C. Pictet de Rochemont, J.-J. Eberhart, E. Vaucher, l’Ecole d’Horticulture de Genève » ainsi que plusieurs contributions dans le livre « 100 feuilles » publié pour le centenaire des ACL. En 2016, il est l’auteur d’une autre publication marquante dédiée aux 125 ans de l’association des maraichers de Genève. Finalement, il contribue aux jumelages avec les Anciens de Gembloux (B) et de l’école de Du Breuil (F). L’Association des ACL bénéficie de l’engagement de François et notamment en tant que Président et dont il est nommé président d’honneur en 1982.

« Tu as rejoint le paradis des jardiniers, le jeudi 6 septembre 2018, en nous léguant ton amitié indéfectible, ton humour, ton esprit joyeux et communicatif. Tu as été un compagnon exemplaire des ACL et de tous ceux qui ont eu le privilège de te côtoyer. Aussi, nous sommes en pensées avec Maya, ton épouse, avec ta famille et tes nombreux amis.

Pierre Morel , ton compagnon de toujours. »

Maurice Schilliger

Fondateur de l’entreprise éponyme basée à Gland, Maurice Schilliger s’en est allé le soir de Noël 2018. Né à Nyon en 1924, il avait deux sœurs et un frère. Son père aimait beaucoup le jardinage. C’est en entrant un jour dans une serre où étaient cultivés des bégonias que Maurice fut frappé par l’odeur d’humus exhalée par la terre. Ce parfum l’a profondément marqué et a été le point de départ de sa vocation. Au printemps de ses 16 ans, il débute l’école de Châtelaine GE où il termine premier de sa volée avec félicitations. Le directeur de l’époque, M. Duperrex, était aussi régisseur de la propriété Solveig au bord du lac à Gland et c’est lui qui le recommanda pour en devenir le jardinier.

Il aimait raconter qu’il a fondé son entreprise avec 70 francs en poche. Sur le domaine Solveig se trouvait un petit établissement horticole qu’il a pu utiliser pour débuter une production de concombres et de plantes aromatiques. Plus tard, il y produisit des semences notamment de fraises et de haricots ; suivi par la production de cyclamens, gloxinias et bégonias. En 1954, il se maria avec Agnès Meier et eurent huit enfants, puis 14 petits enfants. En 1956, il devient fournisseur d’une grande surface de commerce de détail à Genève et commence à planter des glaïeuls, des tulipes, des jonquilles et des dahlias qu’il livre en bouquet. C’est en 1968 qu’il a pu acquérir le terrain sur lequel est installé l’actuel Garden centre. Il y construisit quatre serres pour la production de gros. Inspiré par des visites à l’étranger, le couple décida d’ouvrir un magasin de vente au détail.

Maurice Schilliger était aussi actif dans la vie politique de Gland et est resté plus de 20 ans au conseil communal. Il a été président de la société d’horticulture de Nyon. A 65 ans, il confia la direction de l’entreprise à ses enfants et resta encore une dizaine d’années en renfort.

Sa grande fierté a été de voir son entreprise se développer dans les mains de ses enfants et petits-enfants et rester une société familiale indépendante. Avec les forces de la seconde génération, l’enseigne a ouvert au début des années 2000 deux succursales à Plan-les-Ouates (GE) et Matran (FR). En 2010, à l’occasion du baptême de «sa» rose, créée par Jean-Pierre Guillot, Maurice Schilliger (photo) avait évoqué sa recherche perpétuelle de nouveautés et de spécialités botaniques. Mais il avait aussi insisté sur la passion du métier, celle qui fait avancer les entrepreneurs à succès.

 

François Schilliger